jeudi 11 juin 2009

Pause : Où tu vas ?

Pour la pause, cette fois, un clip de Pause...

lundi 8 juin 2009

Eloge de la nage; Annie Leclerc

Annie Leclerc dont j'avais beaucoup aimé Toi, Pénélope nous propose ici un livre d'à peine 84 pages exclusivement consacré à la nage.
Le titre est très explicite et l'ouvrage se construit par la succession de très courts textes sur l'eau, la nage, la natation, la piscine, la mer, la mare et les rivières...
L'auteur revisite son histoire intime avec l'eau.
Elle nous parle du temps de l'apprivoisement dans la mare en terre maternelle.
Elle nous dit comment elle devient nageuse avec délectation en fréquentant assidument la piscine municipale.
Elle n'oublie pas d'évoquer sa rencontre avec la mer et ses vagues où l'on ne pense plus à nager tellement pris que nous sommes dans la puissance du mouvement des vagues...
Ces courts récits sont magnifiques.
Ils pensent, traduisent dans des mots simples et forts une pratique qui semble aller de soi à l'âge adulte. Pourtant combien d'apprentissages successifs nous a-t-il fallut pour atteindre le plaisir intense et apaisant du vrai nageur ?
De quelle nageuse accomplie l'écrivaine nous parle ?
De celle qui glisse comme en apesanteur et qui est pourtant contenue toute entière dans l' élément protecteur et bienveillant qui l'enveloppe...
Annie Leclerc a visiblement aimé nager, elle le dit. Elle l'écrit. Elle le conte et elle le chante.
Si l'on a connu ce type d'expérience alors, c'est un peu de notre histoire que l'on retrouve dans ses phrases.
Un très joli livre qui fera plaisir aux nageurs et aux nageuses qui peuplent l'eau bleue et chlorée de nos piscines municipales.
Si vous en êtes, c'est assurément un livre pour vous !
"Nager veut que l'on creuse davantage le lit de la rivière, qu'on favorise le passage, qu'on en élargisse le cours. Nager veut accroître la conscience de la conscience de l'eau. Nager cherche de tous ses membres bien étirés à augmenter la joie menue de nager. Au fond nager cherche à nager. A rejoindre la rivière, étant rivière déjà, cherchant à se joindre elle même, à se connaître, à se fondre en évidence de soi."

"En elle, je me sens bien ; large et longue, musclée, efficace, vivante; J'entre en foetale souveraineté d'être par elle aimée. Et mieux qu'aimée : approuvée. Organique louange de celle qui m'accueille. J'y tète l'orgueil simple de vivre. On se comprend."

L'article de Jacqueline Remy pour L'Express Livres,
Un joli film d'Antoine Benoit sur le plaisir de nager, dans une libre adaptation du texte d'Annie Leclerc.
Un très beau texte d'Hubert Nyssen sur l'auteur où il écrit sur ce livre : "D’abord Éloge de la nage, une méditation qui enseigne l’art, pour survivre, de réconcilier le corps et la pensée par un même rythme. Elle l’a dit : "Nager sert à ne pas sombrer. À tenir le fil. De la pensée, de l’eau, de l’écriture, de la vie" .
Le billet de Joye.

samedi 6 juin 2009

Brèves rencontres avec ma mère, Dana Reinhardt

Derrière une trame assez simple et classique, ce roman pour jeunes adultes est foisonnant de questionnements existentiels.
Simone a été adoptée à la naissance par une famille aimante et athée qui milite pour la défense des libertés civiles. Elle est parfaitement intégrée à son milieu et solidement ancrée dans son univers culturel et familial.
La jeune fille a toujours refusé de connaître sa génitrice avec laquelle ses parents ont pourtant des contacts.
Un jour, ces derniers lui annoncent que Rivka souhaite ardemment la rencontrer, et l'incitent à accepter.
Très réticente au début, l'adolescente de dix-sept ans finit par accepter.
L'urgence de la rencontre a été déclenchée par la maladie et la disparition prévisible et prochaine de sa mère biologique.
Cette histoire plonge l'héroïne dans la découverte de ses origines.
Elle va petit à petit connaître sa mère, son histoire et apprendre à l'aimer.
Rivka est l'aînée d'une famille juive orthodoxe et elle a du abandonner Simone à sa naissance parce qu'elle était enceinte hors mariage et quelle avait 16 ans.
Alors que Simone vit les bouleversements de son âge, qu'elle découvre avec appréhension le sentiment amoureux, le désir et la sexualité, nous la suivons mener vaillamment son chemin dans cette difficile histoire.
Les sujets de l'adoption et de la filiation sont traités avec justesse.
Ce roman est également une occasion de réfléchir sur la religion et sur ce qu'elle peut avoir de puissant dans la transmission comme dans la destruction du lien.
Le thème du deuil est abordé de manière poignante mais avec sérénité.
Loin de tout manichéisme, ce livre parle de sujets profonds et complexes.
Rivka et Simone sont admirablement soutenues dans leur première et dernière traversée.
Les parents adoptifs sont exemplaires dans leur accompagnement sans faille tout en étant très permissifs.
Beaucoup d'amis jalonnent leurs existences, et leur permettent de passer ce cap difficile.
C'est une belle histoire qu'on ne lâche pas.

"Je repense aux arbres généalogiques. A l'arbre de Rivka qui porte Mardochée et Hannah, tous ses frères et sœurs, cette ramification qui m'inclut moi et par extension, Jake, maman et papa, et à toutes les autres branches qui s'en échappent pour ses amis, Lila, Helena, Val.
Et puis, il y a l'arbre de ma famille. Je songe à l'erreur profonde que j'ai commise durant toutes ces années en l'imaginant comme un arbre solitaire, au tronc nu et dépouillé."

La chronique de Sophie Pilaire sur Ricochet,
C'est un coup de cœur sur Livre au trésor,

jeudi 4 juin 2009

Allumer le chat; Barbara Constantine

Ce livre a eu un vrai succès sur les blogs, et à force de lire des billets très majoritairement positifs il s'est finalement retrouvé dans ma PAL...
Je l'ai lu et j'ai vraiment aimé ce premier roman de l'auteur à la verve truculente et originale qui sait nous faire passer un excellent moment de lecture.
Barbara Constantine construit un monde rural et rustique, peuplé de personnages tous tellement cassés par les aléas de la vie qu'ils en sont devenus déjantés.
Elle ne fait pas de quartier et les travers des uns et des autres sont présentés avec humour, férocité ou tendresse, c'est selon.
Tous ces allumés ont des tranches de vie cocasses à souhait et sont mus par des sentiments intenses qui les poussent à continuer à vivre.
Ce petit monde pas tranquille du tout est décrit dans une langue parlée et largement fleurie, pleine d'images qui nous font sourire et de jeux de mots qui laissent passer les désirs, pas toujours catholiques, et l'esprit qui fait se retourner les situations les plus désespérées...
En pas moins de 70 chapitres qui s'enchainent dans un rythme trépidant, l'auteur boucle la boucle en portant un message d'espoir dans la joie de vivre et l'amour.
Il y a aussi des irrécupérables dans ce roman et nous sentons la jubilation avec laquelle l'auteur les fait disparaitre en moins de deux dans des circonstances absurdes et rocambolesques...
A lire pour sourire et se faire plaisir !
Pour en savoir plus sur l'auteur, l'histoire et les personnages, je vous propose la lecture de nombreux billets ...

Écouter Barbara Constantine sur Le choix des libraires.com,

L'article d'Isabelle Courty pour Le Figaro.fr,

Une interview de l'auteur postée par Bernard, sur Le blog des livres,

Les billets de Saphoo, Bernard, Enna lit, Papillon, Orchidée, kathel,Tamara, Sophie, Smilinglily, Miss baboosshka, Caro[line], May, Mélusine 80, katell, Argantel,Leiloona,
Le joli billet de Clarabel,
cathulu a aimé, aussi...
Incoldblog appelle un chat un chat et n'a pas aimé, Cuné non plus,
Au rayon parapluie nous propose d 'illustrer ce livre avec une chanson des têtes raides.

"Le chat et le poêle ronronnent.
Le chat rêve de sa mère. Il ne l'a pas connue longtemps, mais son souvenir est encore très vivace. Une vraie tigresse la mère de Bastos ! S'il était resté, il aurait certainement eu envie de se la faire, une fois grand. C'est comme ça, chez les chats..."

lundi 1 juin 2009

Laver les ombres; Jeanne Benameur

Jeanne Benameur nous raconte l'histoire d'une fille qui n'arrive pas à aimer si elle arrive à danser.
A 38 ans, elle n'a pas d'enfants et a toujours mis un terme brutal à ses relations amoureuses.
Léa se rend compte qu'elle va fuir son nouvel amour encore une fois et poussée par une étrange inquiétude, elle décide de rejoindre sa mère dans sa maison au bord de l'océan.
Les deux femmes vont s'y retrouver, alors qu'une tempête fait rage.
Lentement et en douceur, la mère va lâcher les secrets terribles qui l'ont étouffée sa vie durant en l'empêchant de déployer sereinement tout l'amour qu'elle portait à sa fille.
Léa va écouter, entendre, comprendre, et reconnaître la peur qu'elle portait en elle et qu'elle ne pouvait s'expliquer...
Léa est chorégraphe et la danse remplit sa vie, la fait exister et avancer. Cette pratique lui est essentielle et vitale.
Léa aime Bruno, qui est peintre et qui fixe le mouvement dans ses tableaux. Elle l'admire à l'envier, elle qui ne peut supporter que le déplacement et le mouvement.
C'est au cours d'une séance de pose pour un portrait, acceptée mais redoutée que Léa ressentira sa peur étrange et angoissante, et c'est l'amour qu'elle porte au peintre qui la poussera à l'affronter.
"En photographie, laver les ombres signifie mettre en lumière un visage pour en faire le portrait."
Comme dans "Les demeurées", les mots ont une grande place dans l'histoire des personnages, le chant, la langue aussi. Ils ont un pouvoir salvateur, ils libèrent les énergies, ils apaisent les peurs, ils réconcilient les êtres , ils pansent les blessures de l'âme.
J'ai beaucoup aimé la manière dont est décrite la relation de Romilda aux livres et à la lecture, comment il est dit qu'ils lui ont permis de survivre encore et malgré tout, alors même que l'être semblait s'être effacé...
"Une à une, elle déchire les pages de son vieux livre d'amour, les laisse tomber dans l'eau. Le papier disparaît dans le mouvement des vagues. Alors les mots imprimés, ces mots que personne ne lui a jamais dits, ses lèvres les prononcent. Pour elle toute seule. Dans sa langue à elle. C'est en italien, seulement en italien qu'elle aurait pu les dire." ..."Elle ignorait qu'elle avait tant et tant de phrases inscrites, à l'intérieur d'elle. Sous la peau. Des passages entiers. Comme des blocs de falaise usée qui s'écroulent. En même temps qu'elle délivre dans l'air tout ce que les livres lui ont appris de l'amour, elle pleure. C'est tout."
Ce roman est fait de phrases courtes, de mots simples et choisis, baignés dans un rythme qui respire court ou large au gré des tableaux qui se construisent peu à peu...
De temps en temps pointent comme des poésies qui s'insèrent dans cette prose syncopée pour faire surgir l'émotion, qui sourd ou surgit sans crier gare...
C'est un livre extrêmement sensible, à fleur de peau.
L'article de Martine Galati sur Culturofil,
Ce livre fait partie de la sélection pour le prix Biblioblog 2009,
L'avis d'Antigone,
Le billet de Yoann sur Biblioblog,
Ceux de Lily, Clarabel, Sylire, Bladelor, Adlitteram (qui nous parle aussi de sa rencontre avec l'auteur), Vanessa, Leiloona, Isabelle Ignaczak sur le choix des bibliothécaires.com, noryane, Malice, Marie, Clise, Chiffonnette, Anachronis, Mona, purple, Cercle des lecteurs, saxaoul,
Les mots de bellesahi, qui a beaucoup lu cet auteur et qui l'a rencontrée aussi, avec beaucoup d'émotion.

jeudi 28 mai 2009

La Reine des lectrices; Alan Bennett

C'est gigolette au muscadin qui m'a donné envie de lire ce livre, en écrivant : "Dans un temps où la culture est menacée en France par les promoteurs de l'argent roi et du divertissement bigardoclavieriste, cette fable est rafraîchissante."
J'ai été ravie du divertissement, vraiment !
Je crois bien avoir eu le sourire d'un bout à l'autre de cette jolie fable qui ose prendre des tours de farces à la mode british...
Nous voilà plongés dans l'intimité de la reine d'Angleterre, qui semble en manquer cruellement... Ses chiens l'amènent sans ménagement jusqu'au bibliobus qui stationne dans une des cours reculées du Palais...
Par convenance, elle va saluer le bibliothécaire et se sent obligée d'emprunter un livre... C'est là qu'elle rencontre son mentor en littérature, un employé des cuisines à qui elle demande conseil pour ses premiers pas de lectrice...
Ce dernier va jouer si bien le jeu que petit à petit, il devient son Tabellion particulier ( "Officier chargé de conserver les actes notariés. Par extension : celui qui écrit sous la dictée ou recopie des manuscrits; assistant littéraire."), pendant que la reine est toute à sa joie de se découvrir Opsimath : ("Qui apprend sur le tard, à la fin de sa vie").
Ce nouveau couple insolite et charmant nous mène par le bout du nez, de livres en livres, tout le long d'un parcours initiatique royal qui se termine par une vraie révolution sans manquer de chambouler la cour et son protocole....
De la découverte de la littérature à la pratique intensive de la lecture en passant par la prise de notes pour arriver au désir d'écrire... Voilà le chemin semé d'embûches qu'emprunte notre très haut personnage, avec voracité, plaisir, et opiniâtreté.
"Cet attrait pour la lecture, songeait-elle, tenait au caractère altier et presque indifférent de la littérature. Les livres ne se souciaient pas de leurs lecteurs, ni même de savoir s'ils étaient lus. Tout le monde était égal devant eux, y compris elle. La littérature est une communauté, les lettres sont une république... ...Les livres ne varient pas. Tous les lecteurs sont égaux... ...La lecture... Il y avait en elle quelque chose d'anonyme, de partagé, de commun... ...Elle pouvait parcourir toutes ces pages, l'espace contenu entre les couvertures de tous ces livres, sans qu'on la reconnaisse."
L'article de Nathalie Crom pour Télérama,
Le billet de Frédéric Ferney,
L'avis enthousiaste d'Yspaddaden, ceux de Clarabel, Jules, Laurent, Mister Pip, sabine, Les livres de George Sand et moi, loulou, Joëlle, Enna lit, bunee; corboland, pimpi,chiffonnette, bouquet de bambou,Cachou, Lou, à sauts et à gambades, Miss Alfie, Lapinoursinette, Armande, keisha
Le livraire en parle aussi,
"De la puissance de la lecture" pourrait être le sous-titre de ce roman féroce sans méchanceté, drôle sans lourdeur, tonique et amusant."Nous dit Lune de pluie,
Emeraude l'a trouvé pas mal mais sans plus... ma tasse de thé a été déçue, un peu comme Pascale,ou Yv,
Cuné s'y est reconnue;), en vraie reine des lectrices,
C'est un roman amusant pour Amanda Meyre,
saxaoul l'a fait voyager.

lundi 25 mai 2009

Séraphine; Martin Provost

J'ai vraiment bien aimé ce film qui nous présente une belle incarnation de l'artiste et de son mentor.
C'est une étrange histoire, avec un destin de femme assez extraordinaire pour attirer notre attention et susciter notre émotion.
J'avais lu le livre de Françoise Cloarec, et j'avais beaucoup aimé sa manière de nous faire rencontrer cette femme mystérieuse et son univers dont on ne sait que peu de choses...
J'ai également apprécié la façon dont Martin Provost a imaginé ses personnages et les a mis en scènes.
Il filme la nature avec une grande sensibilité et un pouvoir de suggestion assez déconcertant. Est-ce dans les couleurs, la lumière, la captation de certains mouvements au vent ?
J'ai beaucoup aimé les scènes qui tentent d'évoquer l'expérience sensuelle de Séraphine avec les éléments : l'eau, le vent, le soleil, la terre, l'herbe, les fleurs et les arbres...
Le corps habité de Yolande Moreau donne beaucoup de force à ces moments d'oubli de soi en communion avec la matière. Il me reste en tête des images très fortes : la main de Séraphine jouant dans l'eau d'une bassine ou d'une baignoire ?
Sa nudité lors d'un bain dans la rivière, ses mains fouillant la boue pour récupérer de la terre à faire de la peinture, ses doigts potelés glissants dans le sang de porc pour remplir une fiole afin de récupérer du rouge...
Oui, j'ai vraiment aimé continuer ma découverte de l'histoire de cette peintre en regardant ce film.
C'est grâce à Aifelle que je l'ai regardé, elle m'a envoyé le DVD, MERCI!
Une interview de Martin Provost et de Yolande Moreau sur Le petit journal,
Une autre très intéressante de Martin Provost sur UniversCité,
Un article de Dominique Borde pour le figaro.fr,
Le billet d'InterStella,
Un beau post sur "sur la route du cinéma",
Lo en parle, comme antigone, Véronique D.,Franck Bellucci, Aurélie, Bigmammy, Sylire, Pascale, Gazou,
Oxydia y a repéré par deux fois la perche du preneur de son, ça l'a déconcentrée... elle nous propose un tableau des critiques presse intéressant.

samedi 23 mai 2009

Le père de la petite; Marie Sizun

Un livre qui est arrivé par la poste grâce à Liliba et à ses livres voyageurs...Je ne me souvenais pas m'être inscrite sur cette liste... et c'est donc avec surprise que j'ai reçu ce colis qui provenait de chez Gambadou... Merci donc à toutes les deux pour cette jolie découverte inattendue;)
Ce livre très sensible m'a touchée, comme toutes les blogueuses qui l'ont lu.
L'histoire de cette petite fille et de ses relations familiales difficiles est racontée avec pudeur et sincérité, sans pour autant prétendre arriver à énoncer une quelconque vérité.
La narratrice est une femme mure qui se remémore son enfance, avec ce qu'elle peut et comme elle peut.
Elle n'hésite pas à mentionner les trous noirs, les zones d'ombres et d'amnésie, mais elle éclaire de son regard bienveillant les souvenirs marquants et les émotions qui en découlent...
Elle ne veut pas tricher ni se raconter d'histoires, elle raconte les faits, les joies, les larmes, les rages étouffées...
Elle nous laisse en déduire les blessures de part et d'autres, les chemins qui se séparent à jamais, les silences qui s'installent...
Ce livre parle très délicatement de secrets trop lourds à porter pour une petite fille qui ne sait plus si elle est en train de perdre sa mère ou de retrouver son père...
Et puis elle sent qu'on lui ment, elle voudrait comprendre, connaître la vérité, savoir la différence entre le rêve et la réalité...
Je n'en dirais pas plus, il faut le lire pour comprendre ce drame qui nous fait entrevoir au détour de chaque phrase combien il a été difficile pour chacun d'être père, mère et fille dans cette famille brisée par l'absence forcée due à la guerre.
"Et voilà que la petite, revenue par miracle à elle même, retrouve si exactement le parfum, la douceur et la violence de son amour d'enfant, que le cœur lui bat, très fort. Elle pourrait pleurer du désir fou qui la prend soudain de la toucher, cette main, de l'embrasser, de s'y réfugier."
Un bel article de Carole Zalberg sur aVoir-aLire.com
La critique de Tâm Van Thi pour le Magazine Littéraire,
Le billet d'Antigone, ceux d'Orchidée,de Sylvie, Cécile, ,angelica,du soleil sur la page, Argantel, Le cercle des lecteurs,

jeudi 21 mai 2009

La vague; Todd Strasser

J'ai d'abord lu la BD du même nom, et, si je n'ai pas trouvé le graphisme très intéressant, j'ai été happée par le scénario, et bigrement intriguée par cette histoire tirée d'une expérience réelle...
Je voulais en savoir plus ! Un prof avait joué avec ses élèves à qui perd son libre arbitre le plus vite ?
Il avait organisé grandeur nature une expérience de dupes pour jeunes américains prêts à tout pour ne pas s'ennuyer en cours ???
J'ai donc vite eu la version romancée dans les mains, pensant y trouver un peu plus d'informations et de réflexions sur cette aventure étrange et incroyable qui met plutôt mal à l'aise...
Et je suis restée bien embêtée avec ce petit roman, qui n'est rien d'autre que la novélisation d'un téléfilm fabriqué en 1981 à partir de documents parus en 1976 sur une expérience menée fin des années 60...
Elle semble s'être déroulée en 1967, dans une classe de 1ère en Californie, et le professeur concerné a eu le temps de dénoncer la dramatisation du téléfilm réalisé en 1981...
Alors.. que dire de l'adaptation romancée de ce téléfilm???
Bref, pour en savoir plus sur cette histoire, je vous invite à lire l'article de WIKIPEDIA...
Je remercie les nombreux blogueurs qui ont bien voulu proposer des lectures plus convaincantes sur la question :
Dans son article très critique et documenté,
Anatomie du bourreau (Editions Métailié, 2001) de Christopher Browning,et Des hommes ordinaires (Ed. Belles Lettres, 1994);
la nymphette,nous suggère de lire quant à elle : Inconnu à cette adresse, la part de l'autre, et Persépolis
Suite à sa belle analyse, intéressante et sincère, alween nous glisse en douce: Victor Klemperer, LTI, La Langue du IIIème Reich.
Pour ma part, je renverrai les lecteurs intéressés par le sujet ou cherchant des textes de fiction qui traitent de cette question vers la bibliographie de Bibliosurf intitulée Antifascisme...
Voilà...
On parle pas mal de ce livre, de cette BD et du film sorti en mars, que je n'ai pas encore vu et les avis sont très divers...
Je me range du côté des curieux, très intéressés et très sceptiques...
Un article de Sandra Ktourza sur VouNousIls.fr
Un autre très peu convaincu de Joël Fompérie, sur Etat-critique.com
Le billet de calepin,
Scepticisme chez esperluette, royale, emeraude, yumenoyami, céline, songes littéraires, Olivier, ephedra,
Alain en parle,
fraizochocolat aussi,
comme jefka,
et loula, chroniques d'une citoyenne ordinaire,C., lene, petitsachem, lilymousine, du soleil sur la page,
le petit mouton le recommande,
SmilingLilly aussi,
comme Reynald.

lundi 18 mai 2009

Le dieu des animaux; Aryn Kyle

Étrange, vraiment, qu'on lise si peu de critiques et de billets sur ce livre...
Quand j'ai lu celui de Lily, j'ai tout de suite été curieuse de savoir ce qu'il y avait dedans.
Douceur, brutalité, Amérique des ranchs et des cow-boys, adolescente qui s'invente une autre vie, une histoire...
Que d'ingrédients prompts à titiller ma curiosité...
Je n'ai pas été déçue.
Une jeune fille va traverser une période douloureuse de sa vie : l'adolescence, de l'âge de douze ans à l'âge où l'on part pour l'université.
Elle vit dans un ranch, où elle a du mal à trouver sa place, mais peut-être qu'on ne la lui donne pas.
Elle est la cadette d'une drôle de famille dans laquelle elle a beaucoup de mal à se situer : sa grande sœur admirée de tous parce que star dans le milieu du cheval vient de fuir la maison familiale en se mariant avant d'être majeure à un cow-boy spécialiste des spectacles de rodéos.
Sa mère passe ses journées dans sa chambre devant la télé et reste submergée par une tristesse mystérieuse depuis que notre narratrice est née.
Son père travaille sans relâche à faire tourner le ranch et la maison, mais a beaucoup de mal à joindre les deux bouts.
Les échanges sont rares, peu prolixes, parfois blessants, parfois violents.
L'amitié n'est pas au rendez-vous au collège. Les relations entre filles se réduisent à une rivalité incessante autour des résultats scolaires, des toilettes plus ou moins bien portées, et de la popularité des unes ou des autres...
Être quelqu'un de reconnu et à l'aise dans son milieu, voilà ce que cherche désespérément Alice. Elle n'y arrive pas, mais elle a trouvé un moyen de se l'inventer...
Suite à la mort accidentelle d'une camarade de classe, l'adolescente rentre en contact avec le professeur d'anglais qui semblait proche de la jeune défunte. Tous les soirs, elle l'appelle et lui parle de son amitié rêvée et disparue, elle s'invente une vie autour, plus en phase avec ses rêves et ses désirs. Elle brode avec ce qu'elle a pu percevoir des vies des jeunes filles et des femmes riches qui viennent monter au ranch.
Mais peu à peu la réalité lui apprend que la vie est âpre et difficile pour tous.
Elle finit par poser un regard sans complaisance et lucide sur son milieu, mais avec tendresse et compassion.
La force de ce roman semble résider dans la manière dont est évoqué l'univers du cheval et la vie quotidienne d'une certaine Amérique rurale dans le Colorado.
Les descriptions des paysages, des fêtes et des concours sont magnifiques de vérité et ont une grande puissance évocatrice.
La relation complexe des hommes et des chevaux y est abordée sans fards, avec beaucoup de sincérité et ne cache rien des pratiques violentes utilisées parfois pour en mater certains.
L'auteur parle aussi de la manière dont les animaux peuvent être utilisés comme déversoir de rage par les hommes qui s'en occupent, et certaines scènes sont très fortes et douloureuses.
J'ai trouvé ce roman sombre et lumineux à la fois.
Il rend bien compte du regard acerbe et déconcerté que peut porter une adolescente sur la monde des adultes qu'elle commence à entrevoir et qu'elle ne veut pas vraiment rejoindre...

"Mais c'est alors que je le vis le point entre ses oreilles où le monde était encore invisible, bien net, l'endroit où nous voyions la même chose. Tout le reste se changea en martellement : sabots, coeur, peur, vitesse. La poussière se soulevait au dessus du sol, mes jambes se fondirent dans les flancs de Darling. En cet instant nous n'étions plus qu'un seul corps, voué à mourir pulvérisé. Je sentis la secousse dans ma colonne quand elle partit en pivot, la pointe de son sabot percutant le sol, la rotation qui nous souleva, tandis que le ciel, la terre et les gradins laissaient des traînées sanglantes autour de nous. Au centre, on prit un virage qui me souleva l'estomac dans la poitrine quand elle bascula sous moi, changeant de pied en plein saut, pour retomber sur l'autre en un seul et impeccable mouvement continu. En continuant autour de l'arène, je sentis la vitesse s'enfler en moi, et je la laissai filer, et tout le reste avec. Il ne restait plus rien, que le point entre ses oreilles, le centre de son corps coincé sous le mien. A travers le brouillard de poussière et de la chaleur, je vis s'approcher la barrière, et je me dis que nous allions la défoncer, passer par dessus, et, prenant notre envol, nous élever dans les airs, et enfin entrer dans ce qui venait quand la vie prenait fin, et que commençait la suite. "

L'article d'Astrid Eliard pour Le Figaro.fr,
Le billet de Lily.

samedi 16 mai 2009

Au rebond; Jean-Philippe Blondel

Ce roman court et dense nous raconte une histoire d'espoir et de solidarité en mettant en scène deux adolescents en souffrance qui sont confrontés aux difficultés des relations familiales.
Ces deux copains se connaissent par le sport, ils jouent dans la même équipe de Basket et partagent le même joie de se retrouver sur un terrain le mercredi et le samedi.
Ils ne sont pas du même milieu social et leurs relations se réduisent à ces moments intenses partagés lorsqu'il s'agit de faire une passe décisive ou de marquer un panier.
Un drame familial les fera se rencontrer plus avant dans un élan de solidarité et de fraternité assez exceptionnel pour qu'on ait du mal à y croire.
Ils seront aidés dans ce bouleversement par la mère du narrateur, aide soignante qui a du mal à joindre les deux bouts et qui élève seule son fils.
Elle aura la force de venir en aide à la mère dépressive de l'ami de son fils en s'installant chez elle.
Cette femme en mal de vivre vient d'être abandonnée par son mari et se laisse materner tant bien que mal par son fils dépassé mais plein de compassion.
La déshérence des pères qui vient amplifier les difficultés des relations mères-fils quand ils sont adolescents est au cœur de ce roman d'aujourd'hui.
Le message n'est pas tout à fait original : la relation d'aide, l'amitié et la solidarité peuvent changer le cours des choses et transformer le désespoir en espoir.
Quand on n'a plus de famille, on peut se construire une équipe...
Et ça marche... mieux...
J'ai trouvé tout à fait réussies les descriptions de l'expérience du jeu sur un terrain de Basket qui viennent s'emboîter dans la narration.
Ce sport collectif vient aider l'adolescent-narrateur à se comprendre, à s'accepter et à avancer dans la vie en filant la métaphore sportive.

"Je déteste être en sueur. La seule exception, c'est ici, dans le gymnase, le mercredi et le samedi après midi, lors des matchs de basket. Le souffle, le bruit de la balle, le cœur qui tambourine, je cherche des yeux mes partenaires. Je suis hors de moi. Je ne sais pas vraiment l'expliquer. C'est comme si je me détachais de mon corps et que l'intégrais un autre espace. Je ne souffre pas de douleurs dans les jambes, ni de celles qui devraient me vriller les épaules après le choc de tout à l'heure. Je suis là, les deux pieds arrimés au sol et le corps pourtant presque aérien, je maîtrise la balle, le temps et l'espace, et les autres patientent, ils attendent de savoir qui sera choisi."

..." Je cours. J'occupe tout l'espace du terrain. L'espace. Oui, c'est ce que je viens chercher ici. Un terrain pour moi. Un terrain que je partage avec d'autres mais sur lequel nous évoluons les uns à côté des autres, en train de coopérer pour atteindre le même but. Ce que j'aime dans le basket, aussi, c'est qu'on a pas le droit de toucher l'adversaire-sinon, il y a faute. Ce qui fait qu'on étouffe jamais. Et que lorsqu'on se heurte, comme tout à l'heure, c'est juste un accident."

..."Pourquoi est-ce que j'aime autant me sentir maître de cette balle, la sentir obéir à mes impulsions et aux ordres que lui donnent mes doigts ? Et là, les deux pas, la feinte sur la gauche, le panier qui approche, l'impulsion-l'impression pendant deux secondes que cela ne s'arrêtera pas, qu'on décollera, qu'on dépassera le panier, qu'on montera jusqu'au plafond, ce plafond qui s'ouvrira pour laisser passer le corps en apesanteur, loin de tous les soucis terrestres-et puis soudain, réintégrer son enveloppe, apercevoir droit devant le filet et les adversaires qui tentent d'attraper la balle, mais la balle, elle est mienne, regardez comme elle m'obéit-elle touche le rectangle situé derrière le panier avec douceur et redescend dans le filet avec une certaine lenteur, avec quelque chose comme de l'abandon."...

..."Au basket, tout est question de placement. Il faut sans cesse courir, pour être démarqué, seul, original-tout en attirant l'attention de ses coéquipiers pour qu'ils passent. Je crois que c'est ce mélange étrange qui me plait-ce drôle de mix entre l'effort individuel et la réussite collective. Je me demande quel métier peut ressembler à ça."...

..." Un pas, deux pas, s'élever et croire que c'est une ascension sans fin. sentir le cuir de la balle dans la paume, la diriger et, dans un clin d'œil apaisé, comprendre qu'elle va y aller, là, au centre, dans la mer de la Sérénité."...

..."Au bout d'une demi-heure, nous formons une équipe. Peut-être pas une famille, parce que deux demi-familles, ça ne recrée jamais une vraie famille-surtout quand il n'y a pas de père. Mais une équipe, oui. Et une équipe, mine de rien, c'est sans doute plus solide qu'une famille. Plus solide, parce que plus solidaire. "

La chronique de Cécile Gauthier sur Ricochet,
Clarabel a bien aimé,
Laure l'a trouvé doux comme un bonbon,
C'est un coup de cœur pour Gaellou,
Il a fait bonne impression à Essel,
Armande partage l'enthousiasme de sa libraire,
Il a beaucoup plu à Gaëlle et à saxaoul , tout comme à Aurélie.