vendredi 29 juin 2007

Là où vont nos pères; Shaun Tan

C'est un bel album, une bande dessinée muette, certains disent un roman graphique.
Cette succession d'images sépias, travaillées avec réalisme au point de faire penser à de vieilles photos jaunies, nous envoûtent un peu.
Certaines d'entre elles sont rayées, abîmées, comme si elles provenaient de la pellicule d'un vieux film muet. Et ce film, découpé de manière magistrale, nous emporte, dans un voyage extraordinaire, proche du merveilleux : celui d'un père, migrant pour donner une vie meilleure à sa famille.
On entend la musique répétitive et nostalgique des séances de cinéma d'une époque révolue et qu'on a pas connue, on imagine aisément les sautes d'images, les déraillements que le vieux projecteur arrive à surpasser pour nous laisser entrevoir ce bout de mémoire retravaillé.
Un fils de migrant, imagine le voyage de son père, le déchirement et l'angoisse du départ, l'arrivée dans un monde tellement nouveau qu'il en devient magique. Il porte en lui tous les espoirs, mais aussi toutes les craintes et toutes les difficultés d'une intégration non encore gagnée.
J'ai aimé la façon d'introduire le fantastique dans cette surréalité sépia. Il y a un peu de Chris Van Allsburg dans cette manière de faire apparaître du fantastique dans la réalité.
Le fantastique , ici, ce sont clairement les émotions, les peurs, les joies, les découvertes de ce qu'on imaginait même pas.
Tout est nouveau, l'écrit est incompréhensible, la langue inconnue, la nourriture mystérieuse, les modes de communication et les pratiques culturelles étranges. Cette étrangeté va peu à peu être apprivoisée, grâce à l'espoir, la volonté d'un rêve à réaliser, les rencontres avec d'autres migrants, attentifs, amicaux, qui partagent et initient le nouveau, ce primo-arrivant qui va faire son chemin, son voyage, et qui, par un miracle inexpliqué mais attendu, arrivera à faire venir sa famille et à construire avec un nouvel avenir.
La fille de ce père prendra la relève avec un enthousiasme et un bonheur apparent.
Ce livre est plein de tendresse et d'espoir pour tous les migrants du monde.
Le site de l'auteur mérite le détour. Le site de l'éditeur en France propose quelques planches.
On en parle aussi sur : Omega blue, Made in Taiwan, Le terrier de chiffonnette chiffon, xeroxed.be.
un entretien avec l'auteur sur du9.
La lecture de ce livre m'a fait penser à une jolie poésie de Jacques Prévert; je trouve qu'elle illustre bien ces images sans paroles.

Être ange
C’est étrange
Dit l’ange
Être âne
C’est étrâne
Dit l’âne
Cela ne veut rien dire
Dit l’ange en haussant les ailes
Pourtant
Si étrange veut dire quelque chose
étrâne est plus étrange qu’étrange
Dit l’âne
Étrange est
Dit l’ange en tapant des pieds
Étranger vous-même
Dit l’âne
Et il s’envole.

Et puis, je n'ai pas résisté à essayer d'illustrer mon propos en faisant un petit montage vidéo...:
Le voici donc, avec quelques images du livre, le texte de Prévert, et la forme d'un vieux film muet qui tressaute...

Pour voir le montage cliquer ici

17 commentaires:

Jihelpe a dit…

Magnifique... le montage
A quand le film d'animation ?

anjelica a dit…

Bonsoir Sylvie et bon dimanche.

sylvie a dit…

@jihelpe, merci!
@anjelica, salut et bon dimanche à toi aussi !

Menear a dit…

Très beau montage, c'est une idée très sympa, félicitaion :) ! Pour ce qui est de la BD en elle-même en revanche, tu connais déjà mon avis sur la question ;) .

sylvie a dit…

@menear, oui, je sais que tu as adoré cette BD, merci pour ton appréciation du montage, je l'ai fait avec les photos que j'ai copiées sur ton blog, alors, encore merci, merci...

antigone a dit…

Très originale cette BD, effectivement, j'en ai vu quelques planches dans la revue Muze de ce mois-ci. J'aime beaucoup l'idée.

chiffonnette a dit…

C'est un magnifique montage! J'ai beaucoup aimé ce poème de Prévert que je connaissais pas (moi et mes lacunes en poésies!! Quand à la BD elle-même, elle reste une de mes plus belles découvertes de l'année, avec ce découpage, cette couleur et l''espoir qui reste à la fin. Tu en parles superbement!

Ps: bonne fin de week-end du griffon à la sirène! ;-)

sylvie a dit…

@antigone, je te conseille de pousser un peu plus que quelques planches... On passe un vrai beau moment avec ce livre.
@chiffonnette, je suis ravie que tu aimes ce poème plein d'humour et de sagesse, flattée par tes sympatiques félicitations, merci, ça me touche !

boo a dit…

Superbe, vraiment le montage est excellent, doté d'un magnifique poème de Prévert ( que j'adore).
Tu parles également magnifiquement bien du livre. Un grand bravo !

sylvie a dit…

@boo, merci, tu me fais plaisir !

florinette a dit…

Magnifique montage accompagné d'un très beau poème, un BD qui donne envie tellement ses illustrations sont belles !

sylvie a dit…

oui, il faut lire cette BD florinette, ele nous emporte pour un beau voyage.

le croquis de coté a dit…

Trop, trop bien les montages, il y a des croquis jaloux qui se verraient bien dans le même habit.
Et remerci pour tes légendes.

malaurie a dit…

Bravo, bravo, bravo...
Quelle belle évocation d'un livre. Alors si tout cela ne donne pas envie de lire le livre, c'est à ne plus rien y comprendre.

Je l'ai lu et je prépéare un billet pour bientôt, faudra venir le lire, mais je n'aurai pas ton talent. Encore une fois BRAVO !!!

sylvie a dit…

@le croquis de côté,quelle jolie idée, si tu le permet, alors je ferai sans doute un de ces jours un petit montage vidéo avec quelques croquis de côté. j'aime bien laisser des messages plus ou moins heureux sur ton blog.
@malaurie, merci, c'est trop! je lirai ton billet, bientôt, c'est sûr!

Joelle a dit…

Hou la la, voilà un BD tout à fait dans la lignée de ce que j'aime !

sylvie a dit…

@joelle, si ce n'est pas déjà fait, lis vite cette BD ! elle est superbe !