lundi 27 avril 2009

Séraphine, la vie rêvée de Séraphine de Senlis; Françoise Cloarec

Peintre et psychanalyste, Françoise Cloarec nous propose un très joli livre sur Séraphine Louis, dite de Senlis.
Son texte oscille entre l'étude de l'œuvre, son histoire, et le travail biographique.
Comme on ne sait pas grand chose de cette femme originale et mystérieuse qui mourra dans un hôpital psychiatrique, l'auteur construit son propos à partir de rapports de police relatant les faits qui précèdent l'internement et de rapports médicaux qui le légitiment en diagnostiquant la psychose et le délire de persécution. Elle s'appuie également sur quelques écrits d'amateurs d'art ayant découvert puis reconnu le génie de Séraphine en peinture.
Françoise Cloarec reprend sa thèse en psychologie clinique et lui donne une nouvelle forme d'écriture. Elle nous livre ainsi un texte plein de tendresse et d'émotion qui nous présente sa Séraphine.
Le sous-titre est explicite : "la vie rêvée de Séraphine". L'écrivain comble les trous de l'histoire, les amnésies des descendants et des gens qui l'ont côtoyée avec sa sensibilité et ses rêveries qu'elle a collectionnées durant de longues années.
Ce livre m'a beaucoup plu, tant dans sa démarche très respectueuse que dans son propos.
Il met en lumière le mystère Séraphine, l'énigme de son œuvre mais aussi la tragédie, et l'horreur de sa mort honteuse.
Séraphine Louis est morte abandonnée de tous, dans la faim, le froid et le dénuement le plus absolu comme beaucoup d'internés des hôpitaux psychiatriques sous la France de Vichy.
Une autre femme artiste, contemporaine de Séraphine a connu le même sort : Camille Claudel.
Ce travail plein de compassion pour la femme et le peintre est aussi une œuvre de réhabilitation tournée vers l'avenir. Il a été écrit dans l'espoir de changer notre regard sur les "originaux", les "allumés", ceux dont on se moque très facilement et dont on se débarrasse sans scrupules.

"De son enfance, presque rien.
Nous connaissons son prénom, ce prénom d'anges de la première hiérarchie, les anges les plus proches de la présence divine. Ardents
"" Les couleurs triomphantes, les formes surtravaillées, avec de plus en plus de finesse, se posent, se superposent. Il y a du tigré, du moucheté, du velu, de chevelu, du rayé, de l’écailleux, du cachemire, des pois, du bariolé, dans les tableaux de Séraphine. On dirait que ça ondule dans les nervures, que ça vibre dans la ramure, ça grouille dans les fleurs, dans les arbres, les feuilles, les fruits. Des insectes, des oiseaux, des plumes, faisans, paons, pintades apparaissent, se bousculent. Séraphine fait vibrer les teintes, superpose les couches, les empâtements."

Interview de Françoise Cloarec sur Libella.fr
Ce livre fait partie de la sélection du prix des lectrices de Elle
Le site de l'auteur
Le site officiel du film
Le site du Musée Maillol qui prolonge l'exposition "Séraphine" du 2 Avril au 18 Mai 2009 !
L'article de Jerôme Serri pour Lire.fr
Celui de Marianne Payot pour l'Express.fr
"Un vrai coup de coeur, tout en légèreté", Antigone
"A découvrir de toute urgence, avant ou après le film de Martin Provost", lily
"Pour comprembre l'histoire de Séraphine de Senlis, l'idéal est de lire cette biographie et voir le film. On peut lire ou voir le film dans n’importe quel ordre car ils sont vraiment complémentaires."Nina
Ennapapillon en parle, comme Sylvie Champagne, Foxart, François Vallet, Nathalie, Du soleil sur la page, Mudita, mhd

30 commentaires:

keisha a dit…

Vu à la bibli, j'hésite... mais merci pour ton billet. As tu vu le film?

sylvie a dit…

@keisha, non, je ne l'ai pas encore vu... mais je compte bien le regarder un de ces jours, en DVD...

emmyne a dit…

Belle présentation. Une révélation pour moi cette lecture, j'ai vraiment beaucoup apprécié.

Florinette a dit…

Ça fait un petit moment que j'ai très très envie de lire ce livre et ensuite de regarder le film, je me réserve ce programme pour les vacances ! ;-)

sylvie a dit…

@emmyne, il me tarde de lire ton billet alors... je ne l'ai pas trouvé!
@florinette, joli programme assuré!

Aifelle a dit…

L'expo au musée Maillol est encore prolongée ? J'ai adoré le film, suis allée voir l'expo après et j'ai ce livre dans ma PAL .. j'étale un peu les plaisirs.

dasola a dit…

Bonjour Sylvie, j'ai acheté depuis quelque temps ce livre. Il est sur une de mes PAL. Ton billet me donne des regrets de ne pas l'avoir lu plus tôt. Mais j'ai le temps. Je suis contente que l'expo ait été (encore) prolongée, elle en vaut la peine. Cette Séraphine a enfin son heure de gloire et c'est tant mieux. Bonne journée.

sylvie a dit…

@aifelle, oui, on se demande s'ils pourront la fermer un jour..; l'enthousiasme du public s'avère débordant. Malheureusement, je sais que je ne ferais pas partie des visiteurs...
@dasola, oui, tu as le temps, le temps de vie d'un livre est supérieur à celui d'une expo... A moins qu'elle ne finisse par devenir permanente!

Nina a dit…

Je rajoute ton article en lien car vraiment il est très bien, tu as fait une belle analyse du livre et un beau témoignage de cette femme qui est morte oubliée de tous. Bon l'exposition est encore rallongée, mais vraiment je crois que je ne vais pas pouvoir y aller quand même, il devrait la garder jusqu'en été ! Le film est sorti en DVD mais c'est mieux de le voir en salle.

sylvie a dit…

@nina, merci beaucoup pour le compliment... je vais très rarement au cinéma... et j'espère trouver un DVD voyageur un de ces jours... mais tu as raison, en salle, c'est souvent mieux...

chiffonnette a dit…

Une biographie que j'ai trouvée intéressante et qui complète bien le film et l'exposition. Je suis contente d'avoir pu faire les trois et d'avoir eu un aperçu de l'oeuvre et de l'artiste!

sylvie a dit…

@chiffonnette, comme je te comprends!

Leiloona a dit…

J'aime ce que tu dis de ce livre : je l'ai déjà noté, mais je l'avais un peu oublié. Merci pour cette piqure de rappel.:)

François a dit…

Merci Sylvie pour ton article. C'est marrant, j'ai gardé le même passage que tu cites, dans mes notes de lecture. Un très beau livre que celui de Françoise Cloarec ! En plus ton blog est une belle incitation à la découverte d'autres univers (je pense à l'interview de Djian que je viens de voir).

Tania a dit…

Je n'ai pas encore vu le film ni lu ce livre, mais ce billet me convainc tout à fait. Il n'est jamais trop tard pour rendre hommage aux artistes oubliées.

sylvie a dit…

@leiloona, mais de rien...
@françois, bienvenu sur ce blog, et ravie que tu t'y plaises:)
@tania, ce livre est très intéressant, mais il manque d'images, le film, et des catalogues d'expo sont nécessaires... Voir l'expo, si c'est possible doit être encore mieux...

Hambreellie a dit…

Merci pour ce long billet, je dois voir le film normalement ce weekend et j'aimerais bien lire le livre aussi !!!

sylvie a dit…

@hambrellie, n'hésite pas!

Antigone a dit…

Un très très bon souvenir de lecture, un coup de coeur, oui !! J'ai vu le film dernièrement et le livre m'avait presque plus profondément touché, par son respect, sa poésie, etc...

sylvie a dit…

@antigone, j'ai très envie de voir le film tout de même...

antigone a dit…

Mais le film est très très bien aussi, bien sûr !

sylvie a dit…

@antigone, et j'ai très envie de le voir...

Jade a dit…

J'ai revu récemment Camille Claudel. Comment ne pas faire un parallèle entre ces deux femmes qui ont connu la même fin de vie.Bien que leurs origines et leurs itinéraires soient différents, elles avaient en commun de vivre toutes entières pour leur art, avec la même recherche de la vérité et le rejet du compromis.Séraphine, le film, je ne peux que le conseiller.
Merci pour le lien sur Bachir!

sylvie a dit…

@jade,mais de rien, j'ai trouvé ton billet fouillé, sensible et intéressant:)

Karine :) a dit…

Je ne sais pas si je lirai le livre mais je trouve ton billet très intéressant, en tout cas!

sylvie a dit…

@karine, merci;)

LE CHEMIN DU BONHEUR a dit…

Je n'ai pas encore lu le livre de Françoise Cloarec, mais, tu me donnes envie de m'y coller d'autant plus que j'ai eu la chance d'aller voir la très belle exposition qui était consacrée à Séraphine de Senlis. Il faut dire que les photos ne rendent pas hommage à ses œuvres dont on ressent la force et le mystère uniquement (je trouve) lorsqu'on a la chance de les voir autrement que virtuellement. J'avais également adoré le film avec Yolande Moreau qui a réussi d'une manière magistrale à rendre la complexité de cette artiste méconnue. Je me souviens que le lendemain des Césars, j'avais eu plusieurs centaines de visites de personnes qui cherchaient des infos sur Séraphine.
Chaleureusement

sylvie a dit…

@Le chemin du bonheur, je n'ai vu ni l'expo, ni le film... J'aimerais franchement voir l'expo, mais je pense que je vais me contenter du film... en DVD...

Nanne a dit…

Pas vu le film, mais très envie de le visionner en DVD (je crois qu'il vient de sortir !) .. Sinon, pour le livre, j'attends qu'il sorte en Babel ou en poche pour me le procurer. C'est vrai cette comparaison avec Camille Claudel. Ce doit être le sort de beaucoup de femmes de cette époque qui voulaient être indépendantes et artistes que d'être enfermées comme folles ! Cela était si facile à cette époque ...

sylvie a dit…

@nanne, la mère de Charles Juliet, dont il parle dans Lambeaux est aussi morte de faim dans un hôpital psychiatrique.